LES BATEAUX DE FORT LIÉDOT

J'ai découvert 20 bateaux gravés sur les murs de Fort Liédot le vendredi 17 mai 2019 à 17h grâce à Jean-Louis Cognée qui m'a fait traverser le Mexique de son enfance sur l'île (une forêt dans laquelle il jouait, arc et flèche de bois près de ce temple Inca!), et aussi incroyable que cela puisse paraître, ces bateaux gravés n'ont jamais été repérés, répertoriés, photographiés depuis deux siècles...c'est sans doute la découverte de ma vie!

J'étais en résidence d'écrivain sur l'île d'Aix en compagnie de Monique Josse (artiste), Claude Colas (artiste) et de Jef Rabillon (Photographe). Ils m'avaient invité à travailler sur un futur livre "Traces, Signes, Graffitis" sur les murs du Fort. Il y a actuellement une exposition sur notre travail dans ce Fort exceptionnel d'architecture et d'histoire(s).

                                                      Quelques bateaux...












LE CRÉPUSCULE DES BATEAUX

Je suis là, dans ce fort, depuis plus de deux siècles ! Personne ne s’occupe de moi, même me voit. Me calcule dirait des gens d’aujourd’hui, mais de quel aujourd’hui parlent-ils ? L’addition est sévère dans les escaliers de pierres, les couloirs, les salles de garde, les courtines. Tous ces noms gravés dans la molasse ! Nous sommes nombreux dans ce cas-là, après l’alcool et la solitude des nuits à courants d’air. Après les bruits de la promiscuité. Les chansons que l’on ne veut plus chanter et celles que l’on ne veut plus entendre. Les jeux de cartes jetés à terre. Quelqu’un traîne une barre de fer dans l’invisible, c’est un point d’interrogation dans la nuit noire, à travers les chemins qui rôdent autour de Fort Liédot. La barre saute de caillou en caillou, retombe avec son poids de ferraille. Le bruit devient sourd au passage des branches et de l’herbe couchée, au passage des fougères se modulent à traîner. Un bruit comme un souffle d’homme sauvage venu de la mer et de ses fourrés. La barre de fer s’éloigne à nouveau chaque nuit. On peut entendre son parcours à travers la forêt, elle se redirige vers la côte. Sont-ce des marins qui après avoir gravé des goélettes, des cotres, des ketchs, des chaloupes, des voiles auriques à la lumière de lampes tempêtes sur les murs de l’enceinte ? Les ont-ils dessinés dans la pierre pour nous faire naviguer dans cette nuit trop immobile pour nos rêves ? Et qui reprennent la mer et rejoignent La Rochelle, Boyard, Oléron ou Rochefort en terre, l’Amérique peut-être ? Avec l’ancre d’acier qu’ils traînent dans les sillons de la nuit.

...je suis en train d'écrire un livre sur cette découverte!